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Algérie : Le délire de Tebboune

Jamais vu. Un chef d’État qui accepte de faire diffuser son interview sur une chaîne YouTube qui ne compte que 10 000 abonnés alors qu’il espérait apparaître sur la grande chaîne satellitaire internationale suivie par des millions de téléspectateurs. Abdelmadjid Tebboune ignorait peu que la parodie à laquelle il s’était livré avec sa complice Khadija Benguenna avait un si petit public.

Il l’a mal pris, le président algérien estime d’ailleurs avoir eu l’occasion de s’exprimer dans une presse internationale qui a accepté sa condition de ne pas citer le voisin marocain et de ne pas être contredit par le journaliste qu’il a décrit, tout en accueillant le ministre sous Bouteflika, en tant qu’étrangère rémunérée, en réponse au statut qu’elle a publié sur sa page Facebook en le qualifiant de « lâche ». Réconciliés, le président algérien et le journaliste, également algérien, de la chaîne qatarie se sont aventurés dans une véritable parodie, laissant libre cours à des élucubrations sans limites.

L’entreprise créera 55 000 emplois d’ici 2027

Abordant son sujet de prédilection, celui de l’économie, qu’il maîtrise pourtant très mal, Abdelmadjid Tebboune vante les résultats et les perspectives de sa politique économique en annonçant l’adhésion imminente de l’Algérie aux BRICS. Ce groupe de cinq pays considérés comme les grandes puissances émergentes actuelles (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont entrepris des réformes qui leur permettent de s’intégrer dans l’économie mondiale, notamment l’éducation, les investissements directs étrangers (IDE) et la création d’entreprises.

A défaut de se placer dans le top 10 des économies des pays africains, comment imaginer l’Algérie dans un groupe de pays dont le poids dans la croissance mondiale passera de 20% en 2003 à 40% en 2025 ? Ce n’est pas avec le projet de créer 55 000 emplois d’ici 2027, comme l’affirme Tebboune dans cet entretien, qu’on peut prétendre jouer dans la cour des grands. « 13 000 investisseurs privés algériens prévoient d’investir 30 milliards de dollars entre 2023 et 2027 pour créer 55 000 emplois », dit-il. Il ne semble pas mesurer la faiblesse du chiffre dans un pays qui compte 2 millions de chômeurs selon ses propres déclarations.

Ce n’est pas la meilleure façon d’aspirer à garantir le développement économique d’un pays qui tire chaque année des centaines de milliards de dollars de ses ressources en hydrocarbures. Pour un pays 17e producteur de pétrole, 10e producteur de gaz naturel et 7e exportateur de gaz naturel dans le monde, les chiffres avancés par Tebboune n’augurent rien de bon pour un avenir prospère pour un peuple qui peine à se nourrir convenablement. Cependant, les réserves de pétrole de l’Algérie se classent au 15e rang mondial et les réserves de gaz naturel au 13e rang mondial.

La réalité de l’Algérie semble totalement échapper à un président qui n’éprouve pas la moindre gêne dans ses élucubrations expliquant la cherté de la vie avec la volonté des Algériens de vouloir se comparer aux pays européens et non à leur environnement immédiat (c’est-à-dire son environnement marocain voisin).

Tebboune va plus loin en expliquant que ce coût élevé de la nourriture est un signe de richesse. De telles affirmations faites par un chef d’État sont difficiles à croire. Et pour mieux éclaircir le propos, il déclare sans aucune gêne et sans avancer de chiffres que le revenu moyen de l’Algérien est 2 fois et demie supérieur à celui de ses voisins (faisant à nouveau allusion au Maroc).

Pénuries de produits de première nécessité, longues files d’attente pour un sac de semoule ou un sac d’un litre de lait, robinets domestiques asséchés et rationnement de l’eau, Tebboune n’est qu’un mot haletant. C’est un tableau idyllique qu’il dresse d’une nouvelle Algérie gouvernée par des anciens et que les jeunes fuient par milliers à bord de bateaux improvisés au péril de leur vie.

Grave accusation contre le Maroc

Abordant l’aspect des relations de l’Algérie avec les pays voisins, à l’exclusion, bien sûr, du Maroc, Abdelmadjid Tebboune a eu du mal à contenir sa haine pour le royaume occidental qui a semblé hanter son esprit tout au long de l’entretien. De temps en temps, il n’hésitait pas à lui lancer des piques. Jusqu’à tenter de le poignarder avec une accusation d’une extrême gravité pour les deux pays.

Sans nommer le Maroc, il a clairement insinué que l’enlèvement le 5 avril 2012 du consul d’Algérie et de six de ses collaborateurs à Gao dans le nord du Mali était l’œuvre d’une organisation terroriste, le Mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), créée par un pays voisin bien connu. Ce pays voisin qui ne peut être ni la Tunisie ni le Niger ni le Mali. Ensuite, suivez le regard du président algérien. Ce ne peut être que le Maroc.

Cette accusation est grave pour le Maroc (c’est pourquoi il avait pris soin de ne pas l’évoquer) mais surtout pour l’Algérie qui serait une victime qui a fait preuve de lâcheté en gardant le silence sur la mort de deux de ses compatriotes tout en connaissant l’instigateur du crime. C’est arrivé sous Bouteflika. Et maintenant que Tebboune le sait, continuerait-il à faire preuve de lâcheté sans porter l’affaire devant les instances internationales pour demander réparation et surtout faire condamner cet ennemi juré par le Conseil de sécurité de l’ONU ? Gageons un dinar dévalué que rien de tout cela n’arrivera.

Le président algérien délirait simplement sans limites et ne mesurait en rien la gravité de ses propos. Pour cela ni le Maroc ni le peuple algérien ne tiendraient compte de tout ce qui a été dit dans cette parodie d’interview accordée à un Podcast à l’audience la plus restreinte.

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