Aller au contenu

La fureur de Sofia Alaoui pour « dire »

3 questions à Sofia Alaoui

« Je pourrais me débarrasser d’un acteur talentueux si je ne suis pas humainement intéressé »

La réalisatrice marocaine Sofia Alaoui, qui revient à Sundance avec son premier long métrage : « Animalia », répond à nos questions.

– D’où vient cette bestialité dans l’approche, ou à raconter à travers l’animal et l’animalité ?

Disons que peut-être les deux titres tentent d’insulter un élan vers un ailleurs.

« Animalia » dérive de Anima en latin qui signifie âme, en grec ancien psyche (souffle), en hébreu Nèphesh (respirer). L’âme, le souffle, c’est la vie d’une créature ou ce qui donne la vie à un être humain, un animal (ou une plante).
Donc c’est plus l’idée.

– Il y a un côté brut assumé tout en osant le raffinement de la mise en scène. Diriger des acteurs non professionnels est-il important pour vous ?

J’aime produire, entrer en collision avec la réalité. C’est ce que j’ai aimé dans les documentaires et ce que j’essaie d’apporter dans le processus de production. Pourtant je suis un réalisateur qui aime l’image non pas tant des belles choses, mais donner du sens aux choses, au décor, à la scénographie, que chaque plan ne soit pas seulement improvisé mais qu’il y ait un sens caché dans ce qu’il aimerait comprendre. Pour moi c’est important, parce que c’est un peu l’essence du cinéma de donner du sens à travers l’image.

Donc, marier ce processus de réalisation documentaire avec une histoire et une esthétique particulières, c’est exactement le mariage que je voulais réaliser dans mes films. Quant aux acteurs, je n’ai pas choisi arbitrairement comme dogme de production : je ne tournerai qu’avec des acteurs professionnels ou non professionnels. Pour moi, il s’agit de se rencontrer. Si Mehdi Dehbi ne m’intéressait pas humainement, je ne l’aurais pas pris. C’est le fait que ce sont les personnalités des gens qui joueront mes acteurs qui comptent et puis bien sûr le talent, mais ça vient plus tard pour moi. Je pourrais me débarrasser d’un acteur talentueux si je m’en fiche humainement.

– D’où vient cette obsession de la fin du monde, ou de la fin d’un monde ?

Oui, je dirais plutôt la fin d’un monde. Je ne sais pas. Je pense que j’ai eu très tôt conscience de la mort et de la rapidité avec laquelle nos vies passent. Malgré cela, nous nous rendons compte que nous vivons machinalement, respectant sans remettre en cause les schémas établis par nos pères. Surtout au Maroc, questionner la pensée globale m’a toujours semblé difficile. Alors oui, je voulais aborder le Maroc et le monde plus largement avec une fin du monde qui offrirait une sorte de nouveau départ. Car d’autre part le mot apocalypse signifie dévoilement, révélation, ce n’est pas une fin en soi noire ou terrible.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *