– C’est à une série de mensonges, devenus monnaie courante, que s’intéresse votre nouvel ouvrage intitulé « L’islam en otage ». A quel dilemme sommes-nous confrontés ?

– En fait, cet ouvrage tente de faire la lumière sur certains courants qui exploitent l’islam à des fins autres que religieuses, nobles et sincères, ou je dirais même de les dénoncer, les condamner et tenter de libérer l’islam de leurs actes et de leurs lâches dessins . L’Islam, en tant que religion de Dieu, est venu libérer l’Homme de l’esclavage de l’Homme, pour ne le diriger que vers son Créateur, qui veut le doter de noblesse de caractère, d’éthique et de morale, et lui permettre ainsi de vivre en paix avec toutes les autres créatures de Dieu, qu’elles soient humaines, animales ou végétales.

Les courants extrémistes veulent nous soumettre à leurs diktats, nous dresser les uns contre les autres. Certains concepts islamiques ont été induits en erreur par des extrémistes religieux et ont dévié de leur véritable sens. Utilisant une certaine terminologie tirée du Coran et des Hadiths, les extrémistes contredisaient ainsi la grande majorité de la Oumma et tombaient dans l’exagération et la perversion, tant en pensée qu’en pratique. Les extrémistes anti-religieux cherchent à anéantir l’Islam et à le vider de sa substance, et en font ainsi une caricature et un corps sans âme. En réalité les deux extrémismes prennent l’islam en otage, parlent en son nom, se l’approprient, mais les deux, ensemble, ne représentent qu’une minorité, certes bruyante, face à une majorité modérée mais silencieuse, et dont la tâche aujourd’hui plus qu’avant est à venir. en avant, en s’exprimant, en reprenant le flambeau et la représentativité des mains des extrémistes.

– D’après votre livre, l’Islam a toujours été victime d’extrémistes de toutes sortes. Où est le nœud du problème ?

– En effet, l’Islam a toujours été victime d’extrémistes de toutes sortes. Certains voyaient en lui un moyen d’acquérir du pouvoir, de l’argent et du prestige, d’autres le voyaient comme un danger de par sa morale, sa discipline et surtout sa capacité à convaincre et donc à fédérer.

Nous sommes confrontés à un double dilemme, d’une part un mouvement qui monopolise le champ religieux, parle en son nom, l’exploite en faisant des interprétations incorrectes de textes religieux pour justifier des actes haineux et des comportements déphasés, d’autre part, un autre courant de pensée qui accuse l’islam de violence en prétendant que ses textes contiennent des messages violents et guerriers, et qui cherche à le vider de sa substance et de son essence.

– L’islam est un sujet politique de plus en plus actuel. La politique a-t-elle pris la religion en otage ?

– En fait, le politique s’immisce profondément dans le religieux à des fins d’exploitation. Le prophète de l’Islam était en politique, puisqu’il était aussi chef de l’Etat, mais pour lui la politique devait être au service de la religion, pour servir la bonne cause, alors qu’après la période des califes bien guidés, la religion était souvent exploitée à des fins politiques, en particulier au temps des Omeyyades.

– L’une des plus grandes fusions est entre l’Islam et l’Islam qui rend suspect tout musulman. Quel commentaire en faites-vous ?

– Je ne suis pas d’accord avec le nom islam, car le suffixe « isme » crée une confusion parmi tous les musulmans et les quelques groupes fanatiques et extrémistes. En effet, les noms christianisme, judaïsme et bouddhisme portent le suffixe « isme », et pourtant ils ne signifient pas extrémisme, bien qu’il y ait des fanatiques dans toutes les religions et sociétés, et donc personne ne confond et confond un juif modéré avec un juif ultra-orthodoxe , ou l’ensemble des bouddhistes qui prônent la paix et l’amour avec les fanatiques birmans qui tuent et brûlent les musulmans rohingyas.

Cette fusion est voulue par certaines sphères politiques pour servir leurs objectifs, comme cela se passe actuellement en France, où presque tous les candidats présidentiels font campagne sur deux thèmes : l’émigration et l’islam.

– « La menace est grande, la responsabilité aussi, le fardeau est énorme, mais la bonne volonté et la noble intention des sages de ce monde peuvent changer le sens de l’histoire », dites-vous. A quel type d’islam vous attendez-vous sinon ?

– Après la grande discorde et l’assassinat du calife Othman en l’an 35 de l’hégire, de petits groupes extrémistes ont tenté de s’emparer de l’islam, de parler en son nom et surtout d’exclure les autres et de considérer les seuls capables de représenter il légitimement. Utilisant une terminologie tirée du Coran et des Hadiths, les extrémistes parviennent toujours à attirer et abuser une frange de jeunes, profondément affligés par les préoccupations économiques et sociales, et les conduisent ainsi à perpétrer des atrocités, bien que les théories extrémistes contredisent la grande majorité des Ummah, ce qui les conduit à l’exagération et à la perversion, tant au niveau de la pensée que de la pratique. La menace est donc grande, le poids est énorme, mais la bonne volonté et la noble intention des sages de ce monde peuvent changer le sens de l’histoire, et contrebalancer les desseins diaboliques des extrémistes, et ainsi sauver l’humanité du désastre, présent et à venir. venir.

– Que proposez-vous pour libérer l’Islam de ces menaces et de ces amalgames ?

-Je ne prétends pas avoir l’aura ou le pouvoir de libérer l’Islam, seulement face aux atrocités je ne peux m’empêcher de répéter trois mots : dramatique, incompréhensible et inacceptable. Dramatique, pour qualifier ce qui se passe aujourd’hui, et qui dépasse les limites de l’horreur. Il est incompréhensible que nous le fassions au nom de l’Islam. Il est inacceptable que nous restions silencieux et ne réagissions pas. Nous devons dénoncer, condamner et surtout protéger tous nos jeunes de la contagion. Au Maroc nous avons vécu pendant des siècles une pratique et des variantes de l’Islam qui nous invitent à l’amour, au bien et à la coexistence et ne nous soumettent pas à la contrainte du mal, de la haine et de l’exclusion de l’autre. D’ailleurs, le Coran le confirme : « Si ton Dieu l’avait voulu, il aurait fait de toi une seule nation, mais les peuples resteront différents, et c’est pourquoi il les a créés ».

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