Elaborée par Aomar Ibourk et Karim El Aynaoui, économistes au PCSN, cette étude note que le marché du travail au Maroc est confronté à un défi majeur, à savoir la difficulté d’insertion professionnelle des jeunes en milieu rural.

Pour une analyse approfondie des caractéristiques des jeunes chômeurs ruraux et de ceux exclus de l’école et du marché du travail (NEET), l’étude s’est développée en cinq sections : les services d’intermédiation en milieu rural, les lacunes de la participation des jeunes et des femmes à l’activité économique, les jeunes Neets, les jeunes Neets en milieu rural de la province de Taounate, et enfin les services et actions en faveur de l’insertion professionnelle des jeunes ruraux.

Services d’intermédiation

Au volet des services intermediation en milieu rural, le PCSN note que le manque en matière d’accès des travailleurs non diplômés résidant dans des zones rurales est, parfois, doublé par des obstacles à accès à d’autres services de base tels que les transports et les technologies. Ceci, d’après les think tanks, les handicape vis-à-vis d’accès aux opportunités et les empêche de tirer profit de la croissance.

« En effet, la pauvreté, le faible accès aux réseaux routiers, d’internet et de financement, l’insuffisance des investissements dans l’éducation et la formation (comme étant un facteur de conversion), et la concentration géographique des services d’intermédiation sont des facteurs qui excluent de facto certains groupes et exacerbent leur vulnérabilité sur le marché du travail », explique la même source.

Ainsi, pour combler les déficits en matière de compétence et de travail décent même de rendre les zones rurales de véritables locomotives de croissance, le PCSN insiste sur la nécessité de développer l’intermédiation en milieu rural. « En réalité, l’intermédiation est un maillon important et un complément des autres politiques de développement rural à l’image des politiques macroéconomiques et fiscales, de renforcement de la gouvernance, de la réglementation du travail, des programmes de promotion de la productivité et de l’innovation , etc. », Avant les auteurs de l’étude.

Faible niveau de qualification des jeunes ruraux

S’agissant des lacunes de la participation des jeunes et des femmes à l’activité économique, le PCSN indique que les jeunes ruraux sont généralement peu scolarisés malgré les efforts déployés, durant les deux dernières décennies, en termes de scolarisation. Chiffres à appui, 17 % des jeunes âgés de 15-24 ans dans les zones rurales n’ont jamais accédé à l’école (2014), 66,8 % ont le niveau fondamental, 13,6 % ont le niveau Secondaire et seuls 2,1 % ont pu avoir un niveau supérieur.

Pire encore, les filles rurales enregistrent encore un retard considérable en termes de scolarisation en comparaison avec les jeunes hommes. Près d’un quart (23%) des filles âgées de 15-24 ans n’ont jamais accédé à l’école (contre 15,1% pour les jeunes hommes) et seules 1,8% ont un niveau supérieur, contre 2 , 4% pour les jeunes hommes.

L’accès des actifs ruraux aux diplômes demeure également un défi majeur à relever par les pouvoirs publics. En 2020, 73,3 % des actifs ruraux ont déclaré qu’ils n’ont aucun diplôme, 23,1 % ont un diplôme de niveau moyen4 et seuls 3,5 % ont un niveau de diplôme supérieur. Ces taux sont respectivement de 36 %, 37,3 % et 26,6 % pour les actifs en milieu urbain, ce qui signifie que les jeunes citadins présentent un niveau de qualification relativement élevé par rapport aux jeunes ruraux.

Jeunes en situation de NEET au Maroc

Citant les résultats de l’enquête nationale sur l’emploi de 2017, le PCSN fait remarquer, d’autre part, que 29,3% des jeunes âgés de 15-24 ans sont sans emploi et hors systèmes d’éducation ou de formation professionnelle au niveau national (NEET). Selon le genre, ce taux est d’environ 3,5 fois plus important chez les femmes que chez les hommes. Il s’établit à 46% chez les jeunes femmes contre seulement 13% chez les jeunes hommes.

Autre constat soulevé : les jeunes NEET sont très peu instruits, faiblement qualifiés relativement aux autres catégories de la population. En effet, plus de 18 % de ces jeunes n’ont jamais cité l’école, 25 % sont analphabètes, et plus de la moitié (51 %) n’ont aucun diplôme. Les inactifs représentent environ 80 % de la population des NEET, dont plus de 70 % sont des femmes au foyer. Alors que les jeunes chômeurs représentent 20 %.

Jeunes Nets en milieu rural

Concernant les jeunes en situation de Net en milieu rural, l’étude du PCSN s’appuie sur les résultats d’une enquête menée dans la province de Taounate pour le compte de la FAO pour appréhender leur situation. L’en ressort que plus de 61 % des jeunes ruraux sont sans emploi et hors des systèmes éducatifs ou de formation professionnelle (Neet). Ce taux est relativement plus élevé chez les jeunes femmes rurales (71 %) que chez les jeunes hommes ruraux (57,8 %) et chez les jeunes sans diplôme (67,2 %) que chez les jeunes diplômés (47,9 %) . Les résultats de l’enquête ont également confirmé le faible niveau de qualification des jeunes Neet en milieu rural, puisque près des deux tiers (64 %) ont tout au plus le niveau d’instruction collégial.

Cette proportion est de 63% chez les jeunes hommes ruraux et 67% chez les jeunes femmes rurales. Les diplômés représentent près d’un quart des jeunes Neet en milieu rural (24,6 %).

Insertion professionnelle des jeunes ruraux

Pour faire face à la problématique de l’emploi et du chômage au Maroc, l’étude estime que les pouvoirs publics ont mis en place une politique voluntariste est basée principalement sur des programmes phares, notamment Idmaj, Tahfiz, Taehil et Auto-emploi.

D’après eux, ces programmes ont eu un impact significatif en matière d’accompagnement, d’amélioration de l’employabilité et d’insertion des jeunes sur le marché du travail. Mais, ils restent marqués par des insuffisances, notamment en termes de ciblage de certaines catégories de jeunes chômeurs et d’adaptabilité aux spécificités territoriales.

En conclusion, l’étude souligne que la précarité dans l’emploi des jeunes ruraux constitue une forme de dysfonctionnement du marché du travail. Elle doit faire l’objet d’une attention particulière de la part des décideurs politiques, tout en tenant compte des caractéristiques spécifiques du marché du travail en milieu rural dans l’élaboration des politiques et des actions favorisant l’insertion des jeunes et des femmes dans le marché du travail.

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