Ce 29 avril 2022, le monde célèbre la Journée internationale de la danse. Art à part entière ici pour accompagner l’humanité depuis la nuit des temps, la danse se décline aujourd’hui sous des milliers de formes à travers le monde, joue diverses fonctions et se teinte différemment selon les territoires où elle se pratique.

Alors que certaines formes de danse moderne ont eu tendance à se généraliser au niveau international, d’autres restent caractérisées locales et sont, à ce jour, rattachées à un patrimoine immatériel national, à l’Image des dizaines de danses traditionnelles que les troupes et tribus perpétuelles encore dans les diverses régions du Royaume.

« La danse est un art qui est ouvert aux autres formes de disciplines artistiques. Pour avoir lieu, elle peut mobiliser l’art plastique, la musique, le chant ou encore la vidéo. C’est une discipline dont le point de départ est le corps, ma qui mobilise également esprit et intellect puisqu’elle arrive à solliciter l’être humain dans tous ses possibles », décrit Taoufik Izeddiou, chorégraphe et fondateur du Festival international de la danse contemporaine à Marrakech.

Rapport au corps

Si les danses traditionnelles sont un legs patrimonial dont la valeur est reconnue au niveau national, la danse moderne contemporaine peine cependant à obtenir la place qui devrait lui revenir en tant qu’art majeur. Faire carrière dans ces disciplines est considéré comme un véritable parc de combattants aux multiples talents au Maroc arrivant d’un point de vue local et avec tous les combats des puissants du domaine.

« Il existe une poignée de profils qui ont réussi à s’imposer au niveau international. Mais il est difficile, voire impossible pour les danseuses et les danseurs marocains de s’imposer au niveau national, surtout dans le domaine de la danse contemporaine », regrette le chorégraphe. Une réalité qui pourrait se justifier par un certain rapport au corps qui fait qu’au moment où d’autres arts contemporains ont pu se développer durant ces dernières décennies, la danse contemporaine a pour sa part été marginalisée. « Malheureusement, les artistes et intellectuels marocains nous ont lâchés. C’est à se demander si la danse contemporaine ne fait pas partie de l’art contemporain », explique la même source.

« Une danse d’aujourd’hui »

À ceux qui se sont posés encore la question sur la définition même de la danse contemporaine, Taoufik Izeddiou explique que c’est tout simplement « la danse d’aujourd’hui ». « Les anciens ont eu le droit de vendre des danses puis de les utiliser comme des modes d’expression. S’il fallait faire la même démarche aujourd’hui, ce serait bien à travers la danse contemporaine. On utilise ce terme parce que c’est plus simple et que ça fait référence à certaines écoles bien spécifiques, ma je préfère le terme danse créative ou danse d’aujourd’hui », précise le chorégraphe.

« Les Marocains aiment danser. On peut facilement le constater dans les mariages ou dans d’autres occasions et lieux dédiés. Cela dit, la danse classique est quasiment inexistante au Maroc. Je ne parle pas ici d’écoles où l’on peut faire des cours, mais de véritables Compagnies de danse », poursuit la même source. Contacté par nos soins, Pr Ahmed Skounti, anthropologue à l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP), fait remarquer que le rapport du Marocain à la danse est encore sous la grippe d’une certaine transition sociétale .

Le contrôle de la communauté

« Au Maroc, la danse peut avoir lieu tant que la communauté a le contrôle sur la façon, le lieu ou encore l’endroit où elle aura lieu. À partir du moment où la danse sort du contrôle de la communauté, qu’elle est pratiquée par des individus libres, le rapport change », explique l’anthropologue qui précise que la société marocaine est cependant en train de muter, car l’ividu est en train de s’affirmer de plus en plus. En ce jour international de la danse, le chorégraphe Taoufik Izeddiou espère pour sa part que la danse contemporaine pourra enfin bénéficier de la place qui il revient.

« La danse est un moyen formidable d’apprendre aux plus jeunes à respecter leurs propres corps et ainsi accepter celui de l’Autre. Le ministère de la Culture et celui de l’Éducation gagneraient à mieux intégrer cet art et à le valoriser. Nous appliquons aujourd’hui des compétences et de l’expertise nécessaires pour relancer ce chantier. Pour cacher, encore faut-il s’intéresser aux personnes qui portent des projets et se donner la peine d’étudier avec elles les moyens de construire une vision commune dans ce domaine », conclut le chorégraphe.

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