Malgré les valeurs écologiques qui ont justifié son classement, le site de l’Embouchure de la Moulouya, inscrit sur la liste Ramsar le 15 janvier 2005, risque actuellement de s’assécher. Plusieurs associations orientales ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, depuis plusieurs mois déjà, pour attirer l’attention des décideurs et de l’opinion publique sur la « catastrophe écologique en cours ».

« Le Ministre de l’Agriculture et de la Pêche Maritime s’est rendu dans les villes de Nador, Taourirt et Barkane fin mars 2021 pour initier des projets liés aux stations de pompage d’eau de la rivière Moulouya pour irriguer certaines terres agricoles, en méconnaissance de la loi 12-03 relative à l’étude d’impact sur l’environnement et la loi du 22/07 relative aux aires protégées et au Dahir Royal n°1-10-123 », souligne un récent communiqué du collectif de l’Ecolo Plateforme du Nord du Maroc qui précise que ces projets « n’ont pas fait l’objet d’une enquête publique ».

L’eau « perdue dans la mer »

« Lors de l’inauguration, M. Akhannouch a indiqué que les eaux de la Moulouya se perdent et finissent dans la mer et qu’il envisage la construction prochaine de quatre nouvelles stations de pompage à usage agricole et l’extension des surfaces. Agriculture dans le Zèbre, Périmètres d’El Garet et de Bouareg », explique Mohamed Benata, docteur en géographie, président de l’Espace de Solidarité et de Coopération de l’Oriental (ESCO) et ingénieur agronome à la retraite.

« Cette déclaration d’un haut fonctionnaire du gouvernement est très grave et démontre un manque de gouvernance dans la gestion de l’eau de la Moulouya et un manque de respect pour la nature. L’eau des sources en aval du barrage de Machraa Hamadi, dont le débit moyen selon le service des eaux du ministère de l’Equipement ne dépasse pas 7 m3/s, ne se perd pas dans la mer, de plus les stations de pompage de Moulay Ali et autres les agriculteurs riverains de la Moulouya pompent plus de 80% de ces sources, soit 5,6 m3/s. Au final, il ne reste que 20 %, soit 1,4 m3/s, qui alimentent le débit écologique », précise Mohamed Benata.

Un site déjà endommagé

Le site Ramsar à l’embouchure de la Moulouya, qui risque aujourd’hui de s’assécher, est d’autant plus vulnérable qu’il a déjà subi plusieurs attaques ces dernières décennies. Une équipe mandatée par le Secrétariat de la Convention de Ramsar a mené une enquête sur le terrain en octobre 2010 pour évaluer la dégradation du site.

« Le site de l’embouchure de la Moulouya était d’une grande richesse écologique. Tout en conservant son potentiel, le développement du complexe touristique adjacent a provoqué ou accéléré une série d’événements et de comportements qui ont conduit à un déclin important de la biodiversité. Bien que les valeurs paysagères et écologiques du site Ramsar soient favorables à ce complexe touristique, on note l’absence de toute mesure compensatoire à l’encontre de ces valeurs et la quasi-absence de dialogue entre les acteurs intéressés par la protection de l’environnement et les responsables. le complexe touristique », souligne la mission de conseil dans son rapport.

Les revendications des écologistes

Face aux risques actuels d’assèchement des écosystèmes situés à l’embouchure de la Moulouya, le collectif Ecolo Plateforme du Nord du Maroc estime qu’il est impératif « d’arrêter l’épuisement des ressources en eau de la rivière Moulouya. Et d’activer les mécanismes de bonne gouvernance et de gestion durable et de rationalisation des cours d’eau, considérant les zones humides comme un mécanisme efficace d’adaptation au changement climatique ».

Les écologistes de l’Est soulignent également dans leur communiqué que l’argument de la « sécurité alimentaire » ne s’applique pas aux cultures connues pour surconsommer les ressources en eau. « Face à ces comportements inacceptables et irresponsables, le collectif Ecolo Plateforme du Nord tient le Premier ministre et le ministère de l’Agriculture pleinement responsables de ce qui se passe dans la région de l’Est, notamment dans l’embouchure de la Moulouya », conclut le communiqué signé par Sbai M’barek, coordinateur du collectif.

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