Son nom est sur toutes les lèvres de la fin des investitures jusqu’aux prochains locaux. Barthélémy Dias bénéficie aujourd’hui d’une vague de sympathie par rapport aux autres hommes politiques, ce n’est pas de la fiction. Comme son mentor, l’ancien maire Khalifa Ababacar Sall, Dias fils est en passe de devenir le maître de Dakar, s’il ne l’est pas déjà. L’exhumation du dossier de Ndiaga Diouf où il est accusé d’avoir ôté la vie au jeune combattant, l’acharnement justifié ou non contre sa personne, son langage belliqueux digne de résistance, tout contribue à lui donner une popularité dans la capitale, assez forte. voler la vedette à tous ses autres camarades, au pouvoir comme dans l’opposition.

Pour réaliser sa volonté jamais cachée de détruire l’opposition, le pouvoir en place s’autorise parfois à recourir à tous les moyens à sa disposition, en accordant très peu d’attention à leur légalité ou à leur légitimité. L’acharnement envers les opposants, l’obsession de créer un vide autour d’eux et l’utilisation de moyens non conventionnels ont parfois eu un effet boomerang sur les autorités de l’État. Chaque fois que la force est illégitimement utilisée contre un adversaire, même le plus féroce des adversaires, les populations ne se lassent pas de la dénoncer. Mieux, plus l’injustice du bourreau est flagrante, plus le soutien envers la victime est fort. L’histoire politique de notre nation regorge de cas d’école dont nous n’obtenons guère de réponses.

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Popularité forgée dans la résistance et le rejet

En politique, les choix ne sont généralement pas aléatoires. Si certains adoptent le silence et ménagent le plus possible le pouvoir, d’autres préfèrent l’affrontement. L’usage de la langue guerrière appartient à cette dernière catégorie. Le maire Barthélémy Dias appartient à cette dernière catégorie. L’homme a toujours su faire du mal aux hommes à la barre, et ne lésine pas sur les moyens pour le faire. S’il faut le rappeler, le maire de Mermoz-Sacré-Cœur n’est pas au départ un adversaire encombrant, non, il n’a pas commencé sous l’ère Macky Sall. A la tête de la jeunesse socialiste, le fils de Jean Paul Dias a été un véritable cauchemar contre le défunt régime libéral. Le 28 2007, il prend la liberté de se rendre à New York pour interrompre la conférence d’Abdoulaye Wade en dénonçant l’échec des législatives. « J’étais avec mon signe à moins de 10 mètres d’Abdoulaye Wade qui m’a regardé droit dans les yeux pendant au moins 40 secondes. Il savait très bien qui nous étions et a été très choqué », a-t-il déclaré avec satisfaction.

Cette radicalité de Dias envers les autorités étatiques fait son affaire politiquement. Mais pas seulement ! Elu maire de Mermoz-Sacré-Cœur en 2009 sous la bannière de Bennoo Sigil Sénégal, c’est avant tout son refus de se subordonner au chantage du pouvoir qui lui donne l’image qu’il a aujourd’hui. Homme autodidacte politiquement, le maire, pleinement autonome, peut se targuer d’avoir la confiance de ses administrés malgré les conditions difficiles d’être un maire opposant. Le statut de sa commune, où réside le président Macky Sall, lui donne d’ailleurs la parole en ce sens qu’il accroît son influence dans le département de Dakar. Face à sa montée en puissance uniquement pour son propre engagement, Barth n’a eu aucun mal à se faire réélire à la tête de sa commune, malgré une forte opposition du pouvoir actuel.

Loyauté inhabituelle, plus aux principes qu’aux personnes

Alors que son parti, le PS, a choisi de déserter le champ politique en rejoignant la mouvance présidentielle, Barthélémy Dias a préféré la cohérence à ses principes. Bien entendu, comme son mentor Khalifa Ababacar Sall, il avait endossé le concept de « gagner ensemble, régner ensemble » si cher à leur défunt leader Ousmane Tanor Dieng. Avec ces derniers, l’ancien patron de la Jeunesse socialiste a fait preuve d’une fidélité rarissime. C’est aussi au nom de ses convictions envers Tanor que Dias fils était parvenu à une détérioration avancée de ses relations avec son ancien frère combattant, Malick Noel Seck. Il n’avait jamais accepté que ces derniers attaquent le chef de son parti, à cause de leur compagnie de Macky Sall.

Pourtant, Barthélémy n’hésitera pas à abattre les ténors de leur formation politique. Par conviction et pour l’intérêt de son parti, le jeune maire a fait le pari courageux de se ranger du côté de Khalifa Ababacar Sall, bien conscient des conséquences. S’il jouit d’une bonne presse auprès des jeunes dakarois, non seulement de cette strate, mais auprès des populations en général, c’est notamment grâce à sa fidélité à l’ancien maire de Dakar. Cette loyauté de Barthélémy Dias et son attachement aux principes, plutôt qu’aux hommes, vont le conduire à choisir librement de se priver de sa liberté à l’annonce de l’incarcération de l’adjoint au maire de Dakar en mars 2017. Cela justifie clairement le soutien de une masse critique de jeunes contre lui, par rapport au camarade Bamba Fall, maire de la Médina, dont l’aura s’est estompée en raison de ses positions en clair-obscur.

La course à la mairie de Dakar et au Ndiaga Diouf

Aujourd’hui les faits positionnent Barthélémy Dias comme le principal directeur dans le champ politique. La terre de Dakar lui appartient presque. En tout cas, et c’est clair, le maire de Mermoz est devenu une réalité politique dans la capitale, LA réalité politique imitée par toutes les couches. Le pouvoir qui dispose de toutes les informations mesure à sa juste valeur le danger que représente un tel homme qui laisse évidemment les favoris aux locaux à venir. Sur les traces de son mentor, le phénomène politique qu’il est devenu n’est pas très loin de devenir le « Khalifa » de Dakar. Son investiture en tant que candidat de la coalition « Yewwi Askan Wi » peut être considérée comme le début d’un sacre étant donné l’intérêt de la capitale au niveau politique national. Se présentant comme le principal challenger du pouvoir dans la capitale, l’ancien député et membre de « Taxawu Sénégal » se confronte aux plus hautes instances du pouvoir ; ce qui augmente considérablement sa notoriété.

C’est dans ce contexte que son procès pour le meurtre de Ndiaga Diouf devait être jugé en appel. Ardent et haineux envers le régime, auquel il n’a jamais pardonné d’avoir emprisonné « injustement » Khalifa Sall, le maire de Mermoz-Sacré-Cœur a aussitôt pris l’initiative et demandé la liquidation. Très vite les contours politiques de cette affaire judiciaire se dessinent et la population se réveille. La coalition à la tête de sa candidature demande la résistance, comme pour sauver le messie, porteur d’un lendemain meilleur. Le procès n’a pas pu avoir lieu le 10 novembre, mais l’affaire fait la une des journaux depuis. Plus flagrant, son arrestation injuste hier par le commissaire de Dieupeul lui a valu une importante vague de soutien et l’a poussé plus loin dans la course à la capitale.

Un temps fort qui ne convient pas à ses adversaires et à certains alliés

A court ou moyen terme, la médiatisation de Barthélémy Dias, candidat de « YAW » pour la prochaine salle, constitue une fenêtre d’opportunité pour les prochains matchs. Qu’il remporte le Dakar ou non, Barthélémy a encore un long chemin à parcourir pour son ascension nationale. Inutile de rappeler que c’est par la mairie de la capitale que Khalifa Ababacar Sall est passé pour devenir la personnalité politique qu’il est devenu aujourd’hui. La propulsion sur le devant de la scène de ce jeune maire, par le pouvoir qui veut l’éliminer mais le blesse, est le meilleur moyen de donner à ce jeune loup les armes nécessaires pour effrayer n’importe quel « lion ». Il y a fort à parier que le choix de Diouf Sarr comme candidat au poste de maire de Dakar est donc dicté par la volonté de faire obstacle au candidat de l’opposition dont l’aura n’est plus à démontrer. La vérité, c’est qu’en face il n’y a pas meilleur profil que ce ministre de la santé, en avance sur l’actualité depuis l’avènement du covid-19.

Bien que ses collaborateurs pagaient sur son propre canoë, Barthélémy Dias est le grand gagnant de cette alliance. Sur la carte électorale de notre pays, Dakar reste le point le plus important. La saisir, en être le maître, c’est se placer presque officieusement au rang des personnalités qui incarnent les institutions de la République. Pour l’opposition, pour les hommes politiques de sa génération comme Ousmane Sonko, la coalition Geum Sa Bopp de Bougane Guèye Bougane appelle à la mobilisation, par exemple, le phénomène Barth n’est pas forcément une bonne nouvelle. Même si l’objectif immédiat est le même, il ne faut pas occulter l’échéance présidentielle de 2024 qui, en fait, ne sera que le prolongement des prémisses à venir. Si Barthélémy Dias remporte la mairie de Dakar, aucun argument ne pourra le dissuader de se présenter à la présidentielle aux côtés du leader de Pastef, son allié aujourd’hui. En tout cas, on assiste en ce moment au vol d’un aigle assez doué pour survoler les airs politiques et projeter son ombre non seulement sur Dakar mais aussi sur tout le pays.

Par Khalifa Ababacar Gaye / SeneNews

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